Le Rêve de Diotime – Pierre Bartholomée

Enigme (c) Isabelle Françaix

Premiers pas avec Henry Bauchau

Le Rêve de Diotime (1999)

Alors que nous apprenons la disparition ce 21 septembre 2012 de l’écrivain belge Henry Bauchau, nous sommes d’autant plus émus d’évoquer la présence du Rêve de Diotime de Pierre Bartholomée, inspirée de Diotime et les lions, dans le coffret-anniversaire de Musiques Nouvelles, à paraître chez Cypres le 6 décembre 2012.

Le rêve de Diotime est une scène dramatique de concert. Commandée par le Théâtre Royal de la Monnaie et la Communauté française Wallonie-Bruxelles, cette pièce est élaborée à partir d’un extrait de Diotime et les lions, récit de Henry Bauchau, inscrit dans – puis détaché de – l’infinie mouvance du roman  Œdipe sur la route. La création a eu lieu en janvier 2000, à l’occasion de l’inauguration des nouveaux ateliers de la Monnaie. Elle réunissait la soprano Valentina Valente et l’Orchestre de chambre de la Monnaie sous la direction de Georges-Elie Octors.

Le rêve de Diotime était, pour moi, l’occasion d’une première confrontation à l’écriture de Bauchau. A la veille d’entreprendre la composition de l’opéra Œdipe sur la route, j’étais impatient de me mettre à l’épreuve de la langue si concise et si riche –si musicale- du grand poète.

Une évocation de la jeune Diotime rêvant de lions et, soudain, menacée par une vague « énorme, très bleue et parsemée de soleils rouges » m’intéressait tout particulièrement. Sauvage et onirique, mystérieuse, lyrique, toute de sons et résonances, elle met en scène la future sibylle et ce geste maritime hallucinant appelés, tous deux, à jouer un rôle de premier plan dans Œdipe sur la route.

Pierre Bartholomée

(Propos recueillis par Isabelle Françaix)

« Les rugissements des fauves, les hennissements des chevaux, le tintement des armes, les cris des traqueurs, tout cela m’avait enivrée (…) Cette nuit-là j’ai rêvé de lions et d’un combat dont Arsès était sur le point d’être vainqueur. A ce moment une vague énorme s’est élevée dans la mer. Elle s’avançait vers nous dans le grondement du tonnerre. Elle était très haute, très bleue et parsemée de soleils rouges. Etendue sur la rive, pour mieux voir la victoire d’Arsès, j’ai voulu me lever, m’enfuir, alors qu’il était évident que la vague qui se ruait vers nous allait tout engloutir. Quelque chose a pensé : cesse de t’agiter. Reste où tu es. Arsès a dû penser la même chose car il n’a pas bougé non plus. J’ai alors été transportée de joie par la beauté de la vague. De la couleur du soleil levant, elle s’était arrêtée au milieu de la mer. Elle était suspendue au-dessus de nous, portant à son sommet sa terrifiante chevelure d’écume.

Elle brillait, elle éclairait, elle nous réchauffait sans cesser un instant d’être très menaçante. Je ressentais tout le bonheur qu’il y avait à être, à être là, et je me suis éveillée. »

Henry BauchauDiotime et les lions (Ed. Actes Sud)

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