Gilles Gobert – À l’état brut

Gilles Gobert (c) Isabelle Françaix

J’habite un appartement quasiment vide, je ne garde pas grand-chose, je bois du thé vert… mais je suis très loin d’être zen. Je ne pratique pas l’épure comme une quête fondamentale. Je suis juste attiré par les choses simples.

Le compositeur Gilles Gobert se décrit avant tout comme un homme d’action : Je n’élabore pas de théorie et n’ai jamais écrit d’articles. J’ai dirigé des chœurs puis créé l’ensemble ON pour le plaisir du contact direct avec la musique. Aujourd’hui, Gilles Doneux et moi avons monté un duo d’ordinateurs. Si je compose, je suis également un musicien qui désire jouer. Interpréter la musique que nous composons, et celle des autres, nous confronte à des problématiques qui ne sont pas toujours soulevées à travers la composition seule.

En 2007, Gilles Gobert écrit pour Musiques Nouvelles sa Pièce pour piano, quatuor et percussions, dont l’enregistrement fera partie du coffret-anniversaire des 50 ans de l’ensemble prévu le 6 décembre chez Cypres.

C’est la première pièce qui soit réellement représentative de la manière dont j’écris aujourd’hui. J’y traite l’écriture instrumentale de façon plus globale, selon des plans plus généraux, très certainement influencé par les techniques et le rendu sonore de la musique électronique. Pour qu’un son électronique soit intéressant, riche et profond, il faut le construire, le coupler, l’enrichir, le sculpter… Alors seulement il peut prétendre à une écoute suffisamment introspective. J’appréhende le phénomène sonore comme un objet à creuser, où mener une recherche interne. C’est la relation plastique au son qui a toujours motivé ma démarche musicale. En électronique, on utilise par exemple des systèmes de filtres dont j’ai, entre autres, appliqué le principe sur cette pièce acoustique dédiée à Musiques Nouvelles.

Gilles Gobert (c) Isabelle Françaix

Qu’est-ce qui, chez Gilles Gobert, détermine l’élan créatif ?

Une idée sonore… qui apparaît souvent à la faveur d’une commande et d’un contexte précis. Je n’ai jamais écrit de pièce sans demande préalable de musiciens. Je vis au présent et  rêve rarement à une pièce future quand je suis occupé à en écrire une.

Cependant, et c’est là un paradoxe : une fois le contexte planté (échéance, nombre et qualité des musiciens, type de concert…), je n’en tiens pas vraiment compte! De toutes ces données purement matérielles germe un projet purement artistique tout à fait indépendant, et pour lequel j’essaie d’aménager les conditions initiales.

A la tête de l’Ensemble ON, Gilles Gobert n’impose pas ses goûts et propose aux compositeurs un outil inédit pour tester la sonorité de leurs pièces.

Je me mets au service de la partition que j’aime diriger et travailler, en me positionnant comme un musicien d’orchestre. Si je ne devais diriger que ma musique de prédilection, nous ferions encore moins de concerts ! Du reste, la programmation artistique de l’ensemble ON se fait régulièrement de manière collective avec les autres musiciens. Je ne veux pas restreindre ON à une esthétique ou un langage, aussi puissants soient-ils. Bien sûr, cela peut poser un problème d’identité à l’ensemble. A sa création, l’intention première de l’ensemble ON était de mettre un outil à la disposition des compositeurs afin de permettre des tests, des répétitions publiques,… Mais les compositeurs n’osent pas toujours nous solliciter pour expérimenter certaines de leurs pièces que d’autres créeraient ensuite. C’est dommage, nous voulons être au service de la création musicale, comme un laboratoire d’expérimentation.

Gilles Gobert (c) Isabelle Françaix

La musique a-t-elle un sens ?

Evidemment, sinon je n’en ferais pas ! Toutefois, il n’est pas sémantique : aucune musique n’a jamais rien raconté pour moi. D’ailleurs, je ne titre pas mes pièces autrement qu’en décrivant la formation auxquelles elles se destinent : je préfère éviter d’orienter au préalable l’écoute de l’auditeur. La musique ne m’évoque jamais de sens littéraire ou imagé. Le discours musical ainsi que les couleurs harmoniques sont en revanche capitaux pour moi. A cet égard, une pièce continue d’influencer mon écriture actuelle: « Filter Swing », d’Helmut Lachenmann, extraite du cycle Ein Kinderspiel. Un bloc sonore sans cesse filtré s’y répète pendant trois minutes et demie. Le résultat du filtrage est qu’en arrière-plan s’y découvre une palette sonore colorée merveilleuse. Je lui dois beaucoup et prends moi-même beaucoup de plaisir à travailler la couleur.

La musique n’est pas la chose la plus importante pour moi, elle n’est qu’un (excellent !) moyen de s’épanouir et de communiquer. Mais à travers elle, je m’inscris dans la société : elle donne un sens social, politique, amical et professionnel à nos actes. Les auditeurs trouvent dans la musique une nourriture spirituelle, un plaisir sensuel, une vision du monde et le plus souvent, malheureusement, un simple divertissement. Essayez de castrer l’art ou de l’orienter… la vie serait tellement triste!

Propos recueillis par Isabelle Françaix

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