Patrick Davin – L’école des passions

Patrick Davin (c) Isabelle Françaix

Patrick Davin (c) Isabelle Françaix

En 1993, le conseil d’administration de Musiques Nouvelles nomme trois jeunes musiciens à la tête de l’ensemble dont les finances et la cohésion interne battent de l’aile.  Dans l’espoir de stimuler un nouvel élan, il en confie la direction musicale à Patrick Davin que le violoncelliste Jean-Paul Dessy seconde à la direction artistique, assisté du compositeur Claude Ledoux. C’était un moment vraiment délicat, commente Patrick Davin. Pourtant, Pierre Bartholomée, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Liège et Robert Wangermée, président du C.A., gardaient toujours un œil vigilant sur l’ensemble. Malgré la direction sensible et minutieuse de Georges-Elie Octors, puis le tempérament révolutionnaire de Jean-Pierre Peuvion, chef et directeur artistique, dont les idées bouillonnaient, l’instabilité et l’inconfort financiers de l’ensemble enflammaient les esprits. Parallèlement à cette agitation grandissante, Philippe Boesmans avait suscité la création des ensembles Synonymes et Pléonasme avec des musiciens de la nouvelle génération, dont entre autres Michel Massot, Fabrizio Cassol, Jean-Paul Dessy, Claude Ledoux et moi faisions partie. Sans doute cela a-t-il précipité les événements et insufflé l’idée d’une nouvelle configuration pour sortir de l’impasse.

J’étais heureux de pouvoir travailler aux côtés de Jean-Pierre Peuvion que j’admirais beaucoup. De son côté, il espérait que ma présence apaiserait les tensions. Ni militant ni exclusif dans mes choix musicaux, j’ai tenté de renouveler le paysage des musiciens, parfois maladroitement mais toujours soucieux d’obtenir la meilleure qualité possible… ce qu’il fallait rendre compatible avec les exigences de chacun.

Patrick Davin (c) Isabelle Françaix

Patrick Davin (c) Isabelle Françaix

L’aventure a contribué à ma formation de chef d’orchestre, mais n’a pas toujours été simple ! Cependant, j’y ai beaucoup appris des passions humaines et des enjeux de la vie de musicien qui doit maintenir le cap entre  exigence et conciliation. Je maintenais un fil fragile, dans la tempête de ces années de transition, entre 1993 et 1997.  Nous avons dû changer de régisseur, d’administrateur ou d’attaché de presse à plusieurs reprises. Après Liège, nous n’avions pas de local fixe ; notre installation à Bruxelles était précaire… Nous avancions dans le vide, à tâtons.

Pourtant, le public était toujours présent et revenait nous écouter régulièrement. Nous avons fait de beaux concerts, comme le Scardanelli-Zyklus à Ars Musica 1994, autour d’Hölderlin sur la musique de Heinz Holliger. Ou encore la production heureuse de Kya de Scelsi, avec Jean-Pierre Peuvion à la clarinette solo, mais aussi le Septuor op.29 de Schoenberg

Jean-Paul Dessy a dirigé pour la première fois en 1997 Pierre et le loup de Jannin et Liberski. Cette expérience l’a encouragé à prendre à son tour la charge de Musiques Nouvelles, ce qui m’a permis de me consacrer plus librement à ma propre vie de chef d’orchestre, ouvert à toutes les musiques.

Jean-Paul Dessy comme Pierre Bartholomée sont des personnalités agissantes : Pierre a été un pionnier ; Jean-Paul a su ancrer Musiques Nouvelles dans une structure (Le Manège), une ville et une région. Du même coup, il lui a donné un projet à long terme et une dimension viable. C’était très beau de les voir tous deux côte à côte au discours d’ouverture du concert anniversaire des 50 ans de l’ensemble, ce 6 décembre 2012. Et quel concert ouvert, surprenant et tourné vers l’avenir ! J’ai repris les 50 secondes de Claude Ledoux dans le Concert du Nouvel An à Mulhouse : ses Oubliés y ont trouvé une place étonnante [NDLR : Patrick Davin assume en 2013-2014 la direction artistique et musicale de L’Orchestre Symphonique de Mulhouse].

Le 10 mars 2013, Patrick Davin créera une pièce d’Adrien Tsilogiannis, jeune lauréat 2011 du Forum Tactus des Jeunes Compositeurs, pour le second concert anniversaire de l’ensemble dans le cadre du Festival Ars Musica. 50 doigts pour 50 ans rassemble les cinq chefs de Musiques Nouvelles depuis 1962 et leur offre de diriger une œuvre de leur choix. Je ne connais pas personnellement Tsilogiannis, lauréat du Forum Tactus des Jeunes compositeurs. J’avais envie de donner une création, un peu a contrario de mes choix pour la programmation du Festival cette année. Ayant carte blanche à Ars Musica 2013, je n’ai pas toujours privilégié les créations mondiales, puisque j’ai demandé fréquemment aux ensembles et aux orchestres de puiser dans leur répertoire les œuvres qu’ils avaient envie de défendre pour donner au public l’occasion de les découvrir ou pour certains de les entendre à nouveau.

Cela dit, le concert 50 doigts pour 50 ans est chronologiquement surprenant : sinon plus nostalgique que le premier, il sera sans doute, en tout cas, plus tourné vers son passé.

Propos recueillis par Isabelle Françaix à Bruxelles – Janvier 2013

 

 

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Une réponse à “Patrick Davin – L’école des passions

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