David Foiche – Amour & Rock-and-Roll

David Foiche © Isabelle Françaix

David Foiche © Isabelle Françaix

Les musiciens contemporains sont-ils tous des classiques ? Certes, leur formation est ultra-rigoureuse, façonnée et polie dans les conservatoires mais c’est lorsqu’ils sont propulsés sur le terrain que leur avenir se dessine… ou pas. L’énergie folle  du corniste David Foiche, son appétit goulu de la scène et des sons et ce désir passionné d’enflammer les salles démontent à eux seuls toutes les idées reçues sur le ronron de la création ! Chez lui, la musique se transmet d’oncle en neveu dans un Pas-de-Calais directement relié aux soleils du Midi et de l’Italie : pas de frontière, mais des voyages et des rencontres ! Classique, Rock, Contemporain, Variété : des coups de chance et des coups de cœur, du travail et de la joie : l’un ne va pas sans l’autre. David Foiche rayonne, son cor à l’épaule, protégé dans un étui noir mais bien présent, partout où il va.

David, comment le cor est-il arrivé dans ta vie ?

Mon premier instrument était le violoncelle, que j’ai appris pendant deux ans au conservatoire d’Arras avec Monsieur Champagne. J’avais 5 ans ; étudier aux côtés de mon professeur n’était pas toujours simple… même si la sonorité du violoncelle me plaisait beaucoup. J’ai arrêté d’étudier la musique pendant un an, puis je suis allé retrouver mon oncle, Pierre Camier, dans le sud. Il est chef d’orchestre à Monaco, à Nice, en Italie… J’avais un faible pour les cuivres, et je voulais faire de la trompette. Mon oncle m’a conseillé de choisir un instrument moins demandé. J’ai eu la chance de pouvoir essayer le cor grâce à Eve Gilardoni, qui enseignait au conservatoire de Versailles. Je me suis inscrit au Conservatoire d’Arras dans la classe de Jean-Noël Melleret qui est actuellement le cor solo de la Monnaie avec Jean-Pierre Dassonville. J’ai également suivi des cours à l’école de musique de Saint-Laurent Blangy dont mon oncle avait pris la direction. J’ai peaufiné ma culture musicale puis suis allé au Conservatoire de Douai, dans la classe de Guy Mouy. En parallèle, je suivais l’enseignement d’André Gantiez, soliste de l’Orchestre National de France, à Paris. Je lui dois énormément ; c’est un grand monsieur, un pédagogue hors pair, d’une générosité et d’un dévouement aussi forts que son talent. Il m’avait obtenu un badge pour Radio-France, où il m’emmenait après être venu me chercher à la gare du Nord : il m’y donnait des cours, je pouvais observer des enregistrements dans les studios, assister aux répétitions d’orchestre, écouter l’Orchestre National… Grâce à lui, j’ai revu mon jeu de fond en comble : il m’expliquait chaque chose en détail, m’incitant à travailler pour réussir ce qui pouvait sembler hors d’atteinte. Avec gentillesse, il m’a appris à gagner en force intérieure, par le travail et l’humilité.

Ensuite, il m’a conseillé de me frotter à d’autres professeurs. J’ai suivi pendant six mois les cours de Robert Tassin, troisième cor solo à l’Orchestre de Paris, puis j’ai intégré la classe de François Cagnon, cor solo de l’Opéra de Paris (dont le père avait enseigné la trompette à mon oncle !). Quelle haute personnalité que ce grand soliste depuis trente ans ! Grâce à lui, j’ai assisté à de nombreuses répétitions à l’Opéra Bastille. Il m’a incité à présenter l’entrée au CNSM. J’ai donc suivi en parallèle les cours de Jérôme Rouillard qui est le professeur assistant au CNSM de Paris avec André Cazalet. Je faisais donc des allers-retours entre le conservatoire du XIIIe arrondissement et le CNSM. Entre deux, j’ai eu mon prix d’excellence au Conservatoire National de Région de Versailles auprès de Gilles Mahaut. Je n’ai pu intégrer la classe du CNSM, me retrouvant ex-aequo, mais j’ai continué à y prendre des cours en auditeur libre. Le but étant moins d’avoir le diplôme que d’y acquérir la connaissance et le savoir-faire.

Suite à cela, j’ai intégré l’Orchestre de l’Opéra-Comique en tant que Premier cor, sous Jérôme Savary. C’était une grande personnalité musicale. Nous avons fait Le Toréador d’Adam, La Belle et la Bête avec Arielle Dombasle

David Foiche © Isabelle Françaix

David Foiche © Isabelle Françaix

Très tôt, tu as donc côtoyé des univers très différents !

Exactement : je ne connais pas la routine ! J’adore ce métier. On se lève pour apporter du rêve aux gens.

Comment es-tu arrivé à Bruxelles ?

Je suis venu au Conservatoire Royal de Bruxelles auprès de Bernard Carette qui était cor solo à la Monnaie, mais je n’ai pu y rester très longtemps car j’étais sollicité par l’Opéra-Comique. Je n’ai donc pas insisté pour obtenir un Master qui aurait pu couronner les diplômes que j’avais obtenus à Paris (Prix de solfège, de musique de chambre et de déchiffrage instrumental) ; mais il m’était impossible de travailler et d’être en même temps sur place au Conservatoire. Il n’est pas toujours simple de concilier les deux et surtout de le faire comprendre aux institutions. Or, même bardé de diplômes, on apprend surtout le métier sur le terrain !

Qu’est-ce qui t’a amené vers la musique contemporaine ?

Mon entrée à Musiques Nouvelles !  J’ai reçu un appel il y a plus quatre ans pour accompagner le groupe  Aaron au Zénith de Paris, avec le Mons Orchestra [NDLR : déclinaison crossover de Musiques Nouvelles]. En fait, je suis arrivé dans l’ensemble par la porte de la variété et de la grande scène, que j’adore ! C’était l’opportunité de rencontrer des musiciens d’un autre univers. Nous nous sommes retrouvés la première fois au Studio Dada où j’ai fait la connaissance du corniste Pascal Moreau. Les concerts au Forum de Liège et au Zénith de Paris étaient une belle expérience, mais j’ignorais où elle conduirait. Quelque temps plus tard, je suis recontacté par Antoine Maisonhaute qui, à cette époque, était le régisseur musical de l’ensemble. Je le remercie vivement, ainsi que les trois autres musiciens du Quatuor Tana, tous membres de l’ensemble avant de prendre leur propre essor : ils m’ont accueilli et guidé chaleureusement à Musiques Nouvelles. Leur enthousiasme et leur créativité sont épatants ! J’ai donc joué dans le Julie de Philippe Boesmans et les Chambres d’à côté. J’y ai rencontré Denis Simándy, un grand monsieur du cor ; nous partageons de belles choses au pupitre. J’ai également fait la connaissance du hautboïste Thierry Cammaert, aujourd’hui dans l’ensemble Quartz pour lequel je fais parfois des remplacements. C’est un merveilleux quintette à vent. Dès mon arrivée à Musiques Nouvelles, j’ai découvert de magnifiques artistes musiciens, sous la direction de Jean-Paul Dessy, un grand chef, volontaire et déterminé.

David Foiche / Concert Chilly Gonzalès & Musiques Nouvelles © Isabelle Françaix

David Foiche / Concert Chilly Gonzalès & Musiques Nouvelles © Isabelle Françaix

Comment t’es-tu intégré à l’ensemble ?

Par la musique… et les affinités entre musiciens. Je suis jeune et tatoué, c’est assez rock-and-roll !

D’ailleurs, quel dessin portes-tu sur ton avant-bras ?

Une clef de sol, mes initiales, les amis, ma famille et mon instrument. J’ai conçu le dessin et je l’ai fait faire par un tatoueur.

Et pourquoi te dis-tu « rock-and-roll » ?

Je suis fan du groupe Indochine. J’adore la scène qui groove et qui envoie du gros son ! Dernièrement, j’ai pu accompagner Wood Kid avec le Mons Orchestra ! J’aime la finesse mais j’adore aussi quand ça punche et qu’on en a plein les oreilles. J’adorerais me lancer dans ce type de musique en permanence ! J’adore faire du studio, jouer dans des salles en folie comme celle du Cirque Royal… Ce contact direct qui allume le public, c’est du bonheur !

J’écoute énormément de musique classique. Berlioz et Beethoven me font vibrer, Strauss bien sûr, Mozart, Wagner, Offenbach…  mais je ne délaisse jamais Indochine, Cold Play, Lenny Kravitz, les Rita Mitsouko, Téléphone… La diversité des styles permet d’oser des mélanges et de rayonner !

David Foiche © Isabelle Françaix

David Foiche © Isabelle Françaix

Et si tu n’avais pas étudié la musique ?

Euh… c’était inenvisageable ! Avec Tonton dans la partie, chaque fois que je partais en vacances, le fameux Dandelot était dans ma valise : LE Livre d’études des clefs qu’il me fallait potasser quand j’allais à Menton chez mon oncle. Deux mois au soleil et… à l’étude ! Sinon, je serais bien devenu chirurgien pour sauver des vies ou avocat. Mais dès que je suis parti pour Paris, la musique est devenue indispensable et omniprésente .  J’étais au taquet : je me suis donné à fond ! Je ne sauve pas des vies, mais j’espère apporter de la joie autant que j’en éprouve.

Tu as maintenant ton propre quintette ?

Ce n’est pas le mien exclusivement : Flash Brass réunit cinq amis le trompettiste Samir Ferhari qui vient d’avoir le diplôme du CNSM de Paris, a reçu le Prix international de Turin et enseigne à Saint-Quentin, le trompettiste Romain Dapvril, professeur assistant au CRD de Tourcoing et cornet mi bémol au brassband de Douai, le tromboniste Vincent Terret qui enseigne à Lille , le tuba Miguel Dubois, directeur de l’école de musique d’Audruicq,  et moi-même ! Nous sommes lancés dans l’aventure, déterminés et très investis. Nous désirons franchir les frontières, conquérir les artistes, travailler sur de grandes scènes, et pourquoi pas faire des échanges avec des ensembles comme Musiques Nouvelles ? Nous avons donné notre premier concert pour la Fête de la Musique à Saint-Quentin, qui nous a accueillis somptueusement ! Les retours sont très chaleureux. Et le plus fou, c’est qu’on nous a proposé des dates avant même que nous ne soyons créés !

Nous avons nos références : j’adore le Quintette Magnifica, et Jean-Michel Tavernier, le cor solo de la Garde Républicaine. J’ai pu travailler avec lui sur la pièce d’Arthur et les Minimoys. Il joue avec des gens comme Mylène Farmer, Florent Pagny, Johnny Halliday… C’est mon exemple ! Il fait exister et connaître le cor au-delà des frontières musicales. Le Spanish Brass est un quatuor espagnol incroyable, le Canadian Brass aussi.

Nous touchons à tous les répertoires, jusqu’aux musiques de films et de dessins animés.

D’où vient le nom Flash Brass ?

De la pièce Flash, de Jérôme Naulais !

As-tu le temps d’enseigner ?

J’ai une classe de douze élèves à Saint-Laurent Blangy. Mes élèves ont de 4 ans et demi à 45 ans.

David Foiche © Isabelle Françaix

David Foiche © Isabelle Françaix

Que leur dis-tu ?

Ils sont curieux de savoir avec qui je travaille, demandent à voir des photos, et rêvent d’être un jour sur scène. Ma seule réponse, c’est « Travaille, aime ton instrument, prends ton temps, profite de tes erreurs ».

Si tu devais choisir trois mots pour encadrer ta vie de corniste, lesquels seraient-ils ?

Passion, Amour, Rock-and-Roll !

Propos recueillis par Isabelle Françaix, le 24 juin 2013

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Une réponse à “David Foiche – Amour & Rock-and-Roll

  1. Pingback: Le pupitre des cors fait la fête à Lille | musiques nouvelles 50 // Cypres·

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