Charles Michiels – La dynamique des souffles

Charles Michiels - café Novo © Isabelle Françaix

Charles Michiels – café Novo © Isabelle Françaix

Depuis notre dernier entretien en janvier 2011 [Revue#5 Musiques Nouvelles, p53], le clarinettiste Charles Michiels a quitté les Jeunesses Musicales pour se consacrer pleinement à la pédagogie chorale au Conservatoire de Lille où il coordonne toutes les pratiques vocales, rassemblant cinq chefs de chœur (parmi lesquels il faut le compter), deux professeurs de chant, leurs pianistes accompagnateurs et 500 chanteurs par semaine ! « Par ailleurs, s’enthousiasme-t-il, je dirige deux ensembles et donne cours de direction chorale, sans avoir cessé d’enseigner au Conservatoire de Bruxelles. Dans le même ordre d’idées, j’aimerais proposer à Musiques Nouvelles une phalange vocale… »

Tonifié par ces responsabilités exigeantes, il trouve plus que jamais le temps de monter des projets en petite formation : le quatuor de clarinettes Clarundo , un duo clarinette/saxophone avec Simon Diricq  et le rêve d’un collectif flamand/francophone en compagnie de quelques complices de Musiques Nouvelles… « Kim van den Brempt (piano), Berten D’Hollander (flûte), Pierre Quiriny (percussions) et moi avions pensé à créer les STeMuN, les Solistes Titulaires de l’ensemble Musiques Nouvelles, à la fois autonomes et représentatifs des liens qui se sont tissés au cœur de l’ensemble ! Nous cherchons un nom qui sonne peut-être davantage mais garde cet esprit d’appartenance, d’identification et d’indépendance. Nous donnerons un concert au Conservatoire de Bruxelles le 24 mars 2014 autour de la Nouvelle Musique Consonante, avec notamment une création d’Edwin Clapuyt. »

Charles Michiels © Isabelle Françaix

Charles Michiels © Isabelle Françaix

Comment est né Clarundo, quatuor de clarinettes ?

Nous nous sommes rassemblés il y a deux ans tous les quatre, avec nos parcours et nos caractères différents autour d’une même passion. Hélène Zanutel sort du conservatoire, jeune, fraîche, talentueuse et motivée ; Ricardo Matarredona, au tempérament fougueusement hispanique, est un spécialiste de l’orchestre symphonique et de l’opéra ; Dries Tack est direct, efficace et rigoureux et moi, le plus âgé, j’apporte mon parcours bigarré ! Nous avons animé une saison complète aux Jeunesses Musicales en présentant la famille des clarinettes à travers l’histoire jusqu’à la musique contemporaine : c’était un franc succès, même en primaire. Du coup, nous poursuivrons ce projet la saison prochaine avec un public de 3 à 18 ans, désormais ouvert aux maternelles. Nous nous répartissons les tâches, forts de nos expériences respectives. Dries Tack qui, en tant que soliste de l’ensemble Nadar, maîtrise la musique expérimentale électro-conceptuelle, s’occupera du répertoire contemporain. Nous mettons en route un projet avec une comédienne flamande pour un projet avec Jeugd en Muziek dans deux ans. Tout cela est exaltant ! Nous  donnerons bientôt, le 6 octobre, un parcours jazzy destiné aux familles pour la Jazz Station. Nos parcours diversifiés nous permettent du répertoire « tout terrain » qui nous sort des sentiers battus. En novembre 2013, nous donnerons un Concert du Midi au Manège. Auparavant, le 29 octobre, nous jouerons de la musique belge au Conservatoire de Bruxelles en passant commande à certains professeurs, dont certainement Michel Lysight.

Qu’en est-il de ton duo avec Simon Diricq ?

Le 31 août 2013, nous jouerons au Festival Les Inattendues à Tournai, lors d’une conférence philosophique dont le thème sera « D’où vient le mal ? », à partir du film de Margareth von Trotta : Hannah Arendt. Nous proposerons des pièces tendues et contrastées, parmi lesquelles Schizophrenia de Yann Robin. Je joue toutes les clarinettes, de la petite à la contrebasse ; quant à Simon, il joue tous les saxophones, du soprano au baryton. Nous pouvons donc imaginer des duos atypiques : clarinette basse/sax baryton ou clarinette/sax sopranos ! D’autant que Simon Diricq fait de la haute voltige ! Il a été mon élève en transposition quand j’étais tout jeune prof, et aujourd’hui, c’est un musicien extraordinaire et humainement adorable. Il me tire vers le haut et me booste.

Propos recueillis par Isabelle Françaix le 1er juillet 2013 à Bruxelles

FLASH-BACK sur janvier 2011

Charles Michiels – Lucide, passionnément

Charles Michiels / Concert Brain One - Nuis Bota 2013 © Isabelle Françaix

Charles Michiels / Concert Brain One – Nuits Bota 2013 © Isabelle Françaix

Si Charles Michiels est le clarinettiste attitré de Musiques Nouvelles depuis 2004, ses premières performances dans l’ensemble remontent à 1997, à son retour des États-Unis où il remporte à vingt-cinq ans le premier prix du concours international de Lubbock, au Texas. Aussitôt appelé par Jean-Paul Dessy, il joue alors, de 1997 à 2001, dans l’Ensemble Musiques Nouvelles et l’Orchestre de Chambre de Wallonie, intercalant les concerts dans les interstices de ses multiples responsabilités d’enseignant : En 1996, l’année où j’ai obtenu mon diplôme supérieur, j’ai également reçu mon Premier Prix de Direction chorale et je me suis marié pour la première fois. Je me suis donc orienté dans des options de carrière plus sécurisantes que celle d’un musicien soliste. Je suis entré dans l’enseignement et j’ai dirigé beaucoup de chorales et d’orchestres d’harmonie. J’ai moins joué et j’ai essayé de composer ; il m’était difficile de tout concilier. Je me noyais… jusqu’en 2004 où j’ai décidé de changer de parcours : j’ai abandonné les chorales, l’écriture et le conservatoire de Tournai où j’enseignais la clarinette à 60 élèves ; j’ai eu l’opportunité d’endosser la gestion des Jeunesses Musicales du Hainaut Occidental et j’ai repris intensément la clarinette ! Par bonheur, j’ai revu Jean-Paul Dessy lors d’une masterclasse et il m’a réintégré immédiatement dans Musiques Nouvelles.

Je me dis souvent que j’ai une chance énorme de faire partie de cet ensemble. Les musiciens qui jouent à Musiques Nouvelles ont tous la pratique de leur instrument pour métier premier. Pas moi, puisque j’assume d’autres fonctions, mais je suis heureux de parvenir à tenir le cap. J’aime que la corde soit tendue, d’ailleurs, les jours où je peux me reposer, je tourne en rond !

Transmettre la passion ou exalter la soif de découverte s’avèrent des priorités pour Charles Michiels, engagé avant tout dans l’éveil culturel musical : Au début, enseigner était une mission. Depuis quatre ans que je m’occupe des Jeunesses Musicales, je parlerais plus simplement d’une formation. Les écoles de musique, les académies et les conservatoires sont fréquentés par une certaine élite, déjà motivée par la volonté des parents et soutenue par leur statut social. Tandis que rapprocher de la musique les jeunes enfants issus des milieux les plus diversifiés, encourager leur éveil et stimuler leur esprit d’ouverture grâce à la musique, susciter leur envie d’être formés, c’est primordial ! Selon le credo des JM, l’éveil par la musique est plus important encore que l’éveil à la musique ! Il faut proposer la musique dans les écoles comme un outil d’éveil culturel, une porte vers l’extérieur et une émulation pour qu’un maximum d’enfants aient l’opportunité d’en bénéficier.

Professeur de direction chorale au Conservatoire Royal de Bruxelles, il poursuit cette vocation avec le même bagout et la même exigence : J’estime qu’il est essentiel pour un musicien à ambition professionnelle de chanter dans un chœur : cela forme l’oreille et la voix. J’ai créé un chœur de chambre au Conservatoire, uniquement autour du répertoire des XXe et XXIe siècles. Il accueille des personnes extérieures également, sur audition. Nous y sommes dix-neuf, de seize nationalités différentes. C’est un projet très intéressant.

La musique contemporaine est son répertoire de prédilection, par goût, par choix et par compétence, précise-t-il. Je ne suis pas un spécialiste de la musique de la Renaissance ou du Baroque ; de plus, si les grands motets et les symphonies classiques me plaisent beaucoup, nous n’avons pas réellement les moyens de les monter. Tandis que la musique du XXe siècle permet des formations très différentes. Quant à la création, elle fait avancer la culture ! Certaines musiques semblent éphémères ; elles ne sont parfois jouées qu’une ou deux fois dans un contexte particulier, mais leur exécution est nécessaire tant pour les compositeurs que pour les interprètes.

Ses choix de clarinettiste suivent cette direction avec un enthousiasme identique : Quand j’ai envie de me détendre ou de m’amuser, je reprends les concertos du répertoire. C’est également un exercice technique et sonore essentiel. J’adore les grands concertos d’Aaron Copland, Carl Nielsen ou Jean Françaix… Je me ressource auprès de Weber et de Mozart, inépuisables en termes de musicalité. Mais il ne s’agit pas d’un but en soi car je n’ai pas épousé la logique d’une carrière de soliste. J’ai joué l’adagio de Mozart dans des circonstances extrêmes : en finale du concours de Dos Hermanas, près de Séville, en concert avec différents orchestres, ou encore à l’enterrement de mon frère… La musique accompagne ma vie.

Je me sens bien dans la musique de chambre. La plus grande part de mon temps, je la consacre au contemporain dont le langage évolue constamment. La clarinette, ne l’oublions pas, n’apparaît qu’à la période classique ; pour les siècles précédents, nous ne possédons que des transcriptions. Autant se consacrer à ce qui est directement écrit pour un instrument… même s’il est magnifique de jouer du Bach à la clarinette ou à la clarinette basse, comme les Suites pour violoncelle !

Charles Michiels © Isabelle Françaix

Charles Michiels © Isabelle Françaix

Mais pourquoi donc Charles Michiels a-t-il choisi cet instrument plutôt qu’un autre ? C’est le hasard ! Mon oncle avait une clarinette à sa disposition et nous l’a donnée, à mon frère et à moi. J’avais six ans. J’ai accroché. Mon frère s’est mis au piano. A huit ans, je jouais dans une harmonie de village, à Estaimpuis, près de Mouscron. J’ai arrêté vers douze ans jusqu’à ce que je rencontre des musiciens d’orchestres plus jeunes. J’ai suivi dans son aventure un jeune trompettiste de Mouscron, Daniel Buron, qui créait un orchestre à Commines. C’est au conservatoire de Tournai, auprès d’André Caucheteux, que j’ai vraiment appris la clarinette ; j’avais quinze ans. André Caucheteux est un clarinettiste remarquable, soliste à l’Orchestre de Liège à dix-sept ans, mais c’était un professeur excessivement dur qui ne laissait aucune autonomie à ses élèves. Il fallait jouer comme lui ou avoir un tempérament suffisamment fort pour passer au-delà. Je me suis forgé à son contact. A dix-sept ans, j’ai décidé que je deviendrais clarinettiste !

Après Tournai, les conservatoires de Mons puis de Bruxelles, Charles Michiels s’est distingué lors de prestigieux concours, nationaux ou internationaux, qui lui ont ouvert des horizons en lui permettant de multiplier les rencontres : J’apprécie particulièrement Eddie Daniels, un musicien de jazz remarquable que j’ai rencontré au Texas. La Fédération mondiale des clarinettistes (ICA) organise chaque année un festival où se retrouvent un millier de clarinettistes pendant dix jours au même endroit. On y entend des œuvres et rencontre des musiciens du monde entier.

Fou de Benny Goodman et de Woody Herman, Charles Michiels est aussi un ardent défenseur des artistes belges et dirige depuis vingt ans un big band de très bon niveau : le Jazz Music Orchestra. Nous sommes reconnus par Art et Vie et donnons une dizaine de concerts par an. Nous jouons des pièces assez modernes aux influences rock et déjantées.

S’il remplit sa vie passionnément, ce musicien habité aime rappeler l’influence marquante d’un de ses professeurs, Yvon Ducène : Ce formidable clarinettiste, ancien chef de la Musique des Guides, disait : « Dans la vie, il faut faire les bons choix pour ne rien regretter, et les assumer ! » Je vis tout avec intensité et il me faut du temps pour prendre une décision, alors je m’y tiens. Je ne fonctionne pas par fantasmes, mais je m’efforce de réaliser ce que je souhaite par étapes. L’utopie viendra plus tard. Je souhaite simplement réussir ce que j’entreprends ; peut-être qu’y parvenir m’amènera à d’autres rêves pour aller plus loin encore.

Propos recueillis par Isabelle Françaix – Janvier 2011 à Bruxelles

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