Kim Van den Brempt – Un monde derrière les notes

Kim Van den Brempt © Isabelle Françaix

Kim Van den Brempt © Isabelle Françaix

D’une délicatesse élégante et sensible, le pianiste Kim Van den Brempt est aussi un guetteur d’histoires, à l’écoute de ce qui vibre, l’environne et le met en mouvement. Ses doigts sur le piano maîtrisent le feu ardent qui l’anime, et subliment cette soif de découverte et de partage qui le voue à la musique. Un poète silencieux se cache derrière le musicien. Un soliste virtuose et avide d’alliances nourrit le pianiste qui accompagne les chanteurs, et plus fidèlement une chanteuse : la soprano colorature Elise Caluwaerts. Cet enfant unique et heureux se crée des compagnonnages féconds.

Les 1er et 14 mars 2014, Kim Van den Brempt donnera deux concerts chez des particuliers montois et bruxellois dans le cadre du cycle « Musique à domicile » parrainé par la Fondation Mons 2015. L’occasion de présenter le piano solo de Musiques Nouvelles à partir d’un projet de longue haleine qui lui tient à cœur : « Zen in America », sur lequel ce récital lèvera un premier voile.

Dans le projet final, prévu pour le Festival Les Inattendues fin août-début septembre 2014, nous retrouverons les Américains John Cage, David First, Philip Glass ou John Adams, mais aussi un jeune compositeur néerlandophone, Thomas Smetryns, qui propose des partitions graphiques. Des années 1950 aux années 2010, en passant par la décennie 1990, la découverte de John Cage a radicalement influencé l’approche de la musique. Selon le minimalisme américain, il n’y a pas d’évolution ; il s’agit de se laisser immerger dans un monde où la notion du temps ne compte plus, au contraire de celui des musiques harmoniques pleines de tensions.

La notion de zen et le choix de ce programme sont pour Kim Van den Brempt l’aboutissement naturel d’un parcours personnel et professionnel entrepris il y a plus de quinze ans.

C’est le fruit d’une évolution organique.

Je suis entré au Conservatoire à 17 ans et me suis lié d’amitié avec des étudiants instrumentistes et compositeurs. Ensemble, nous avons créé la Black Jackets Company et nous sommes lancés dans des créations et des collaborations intenses. Tout cela était né d’une envie profonde et d’un engagement total !

Je suis entré à Musiques Nouvelles en 2005 grâce à David Nuñez (compositeur et violoniste de Black Jackets Company et premier violon à Musiques Nouvelles). L’ensemble avait besoin d’un pianiste en urgence pour un projet difficile mais passionnant : un concert Romitelli. D’autres productions se sont enchaînées dans la foulée jusqu’à aujourd’hui.

Cependant, le passage par la Black Jackets Company et sa place de pianiste titulaire au sein de l’ensemble Musiques Nouvelles ne sont pas les seules étapes qui le conduisent à aborder le répertoire solo du Zen en Amérique… Au tout début était le piano qui lui a ouvert des chemins de rencontre et de partage.

Je ne l’ai pas choisi sciemment. Il y avait un piano à la maison, sur lequel je m’amusais. Je n’ai pris des cours que vers mes dix ans. Sept ans plus tard, j’entrais au conservatoire. Cet amour-là a grandi relativement vite, encouragé et soutenu par mes professeurs.

Je suis fils unique, ce qui n’est pas un détail négligeable dans cette histoire. On a tous besoin d’un monde hors du cocon familial, et peut-être plus encore quand celui-ci est quasi exclusivement composé d’adultes. Le piano a été une sorte de fuite… et de découverte de l’autre sans renoncer à mon univers solitaire. La musique est un moment de partage : tu donnes, tu reçois, tu es dans ton monde et tu partages du non-verbal.

Au conservatoire, j’ai eu très vite envie de me lier avec des chanteurs. L’accompagnement dans le répertoire du Lied m’a amené à décrocher un post-graduate dans cette spécialité à Londres. Aujourd’hui, le terme d’ « accompagnateur » est remis en question au profit de celui de « collaborateur ». Selon moi, celui de pianiste « allié » conviendrait mieux encore, car il s’agit de faire alliance non seulement avec un chanteur, mais avec un autre art à travers lui. La musique s’allie à la poésie, les sons aux mots.

Je m’allie aussi aux compositeurs de mon temps : chaque création contemporaine initie un dialogue immédiat entre le musicien et le compositeur, hors du champ strict des notes ou des partitions. Le partage de cette inspiration vivante jette un autre regard sur une page musicale écrite, la reconsidère et l’anime.

Par ailleurs, je mets en œuvre une collaboration avec le peintre sculpteur Paul Van Gyseghem : le monde de la musique plonge dans un monde visuel.

En y réfléchissant, je suis le fil rouge d’alliances multiples. Ce qui nous ramène au projet Zen in America, né d’échanges féconds avec le philosophe Laurent de Sutter que ce concept intrigue et séduit.

Je ne me verrais jamais faire une carrière de soliste. Surtout pas ! Ce sont mes alliances qui me nourrissent et me font grandir.

Kim Van den Brempt © Isabelle Françaix

Kim Van den Brempt © Isabelle Françaix

Certains couples pianiste/chanteur, comme Jörg Demus et Dietrich Fischer-Dieskau, ont-ils inspiré son alliance avec la soprano colorature Elise Caluwaerts ?

Si Fischer-Dieskau et Demus forme un couple, Fischer-Dieskau a fait beaucoup de pas de côté : Gerald Moore, Pollini, Brendel… Les très grands accompagnateurs jouent avec tous les grands chanteurs. La réciproque est vraie quand on pense au duo Matthias Goerne/Alfred Brendel ! C’est la preuve qu’on peut être soliste et accompagnateur.

Je n’ai pas l’impression qu’en ce domaine il y ait des mariages éternels. Sauf chez moi ! Mon travail avec Elise Caluwaerts dure depuis dix ans et je nous considère comme un couple musical dont le travail commun évolue. Nous projetons d’enregistrer les Sieben frühe Lieder d’Alban Berg, un moment-clef dans l’histoire de la musique.  Berg est encore dans le romantisme et déjà vers l’atonalité. Nous  y joindrons du Strauss, dont on fête cette année les 150 ans. Et nous y ajouterons les « Elegien » du Hollywooder Liederbuch de Hanns Eisler, moins connus mais d’une actualité politique et sociale poignante. Ce CD, en s’inscrivant dans une filiation musicale, jettera aussi un éclairage sur notre XXIème siècle.Derrière les projets de Kim Van den Brempt, on devine le goût de l’histoire, et plus encore peut-être celui des histoires. Plutôt que vers la musique pure ou absolue, c’est « dans un au-delà des notes » qu’il confie trouver l’inspiration.

En ouvrant des portes différentes, comme celle de la poésie, on pénètre dans un monde derrière les notes. Ce monde nous aide à les comprendre et à les habiter. Par ce détour, on arrive beaucoup plus facilement à l’essence de la musique. C’est ce chemin qui m’intéresse.

En ce domaine, un pianiste m’a vraiment marqué : j’ai suivi les cours de musique de chambre de Pierre-Laurent Aimard au CNSM de Paris, où j’ai eu la chance de pouvoir entrer comme étudiant Erasmus pendant un an. Il possède une qualité pédagogique extrêmement rare. Son vocabulaire est tellement riche de fantaisie que ce qui est non dit, non écrit et non existant dans une partition, devient vivant ! Il est si expressif en concert qu’il devient un conteur. Il transmet une histoire, même si la musique est abstraite.

Je suis convaincu que nous sommes des acteurs. Au moment où nous sommes sur scène, comment faire passer un ou plusieurs message(s), des émotions, des expressions ? Ces questions donnent un sens à notre rôle de pianiste.

Kim Van den Brempt © Isabelle Françaix

Kim Van den Brempt © Isabelle Françaix

Professeur au Conservatoire de musique de Leuven, Kim accompagne également la classe de violoncelle de Jean-Pol Zanutel à Liège. Qu’enseigne-t-il à ses élèves ?

J’ai envie de donner envie aux enfants. En leur faisant comprendre que profiter des belles choses vient avec la rigueur,  dans un cadre pianistique et technique exigeant.

Dans la classe de violoncelle de Jean-Pol Zanutel, j’accompagne les doutes et les parcours en montagnes russes des étudiants en essayant de les soutenir tant dans la présence que dans le jeu.

Sur scène, on est un médium. Médium de la partition, mais aussi de notre corps, de notre âme, médium du public et de tout ce qui fait le moment présent. C’est ce moment même qui nous guide dans le virage de notre interprétation. Je ne crois pas qu’un musicien est strictement lié au désir initial d’un compositeur. Par expérience, je sais qu’un compositeur est souvent plus intéressé par les ajouts d’un interprète, son angle de vue, son regard, etc.  C’est ce qui donne vie à une partition. Pourquoi enregistrerait-on encore Beethoven aujourd’hui, s’il existait une version unique, finale et éternelle de ses œuvres ?

Le travail d’un interprète reste organique et en mouvement.

Propos recueillis par Isabelle Françaix le 6 février 2014 à Bruxelles

BIOGRAPHIE

Le pianiste bruxellois Kim Van den Brempt a étudié aux conservatoires de Bruxelles, Anvers, Paris et Londres. Sa curiosité et sa polyvalence musicale ne sont pas passées inaperçues. Ceci l’a conduit vers différents prix et créations de CD.

Il a étudié auprès de Jan Michiels et Pierre-Laurent Aimard qui tous deux l’ont initié au monde de la musique contemporaine. Graham Johnson et Jozef de Beenhouwer l’ont guidé dans l’art de l’accompagnement de chant. Il a également été inspiré et formé par Alain Planès et Boyan Vodenitcharov.

Kim Van den Brempt a fait partie du groupe Black Jackets Company dès ses débuts en 1996. Cet ensemble bruxellois de musique expérimentale l’a amené sur les plus grandes scènes belges ainsi qu’au Chili, au Venezuela  et ailleurs en Europe. Depuis 2005, il se produit comme pianiste de l’ensemble Musiques Nouvelles sous la direction de Jean-Paul Dessy.

Partenaire de scène, il a donné des récitals entre autres avec  Lucienne Van DeyckAxel Everaert, Thomas BlondelleIlse Eerens et Elise Gäbele.

Actuellement, il forme un duo avec la soprane Elise Caluwaerts. Ensemble ils balaient un répertoire très vaste du romantisme au contemporain, avec un passage par le répertoire cabaret. Leur premier CD sortira en décembre 2014.

Comme chambriste, il est régulièrement sollicité pour divers festivals.

Parallèlement, Kim Van den Brempt enseigne au Conservatoire de Leuven où il propose également un cours de musique expérimentale (ensemble XXI). C’est l’opportunité d’initier les jeunes musiciens à de nouveaux horizons sonores du XXIe  siècle.

Depuis 2012, il est accompagnateur de la classe de violoncelle de Jean-Pol Zanutel au Conservatoire Royal de Liège. 

Advertisements

Une réponse à “Kim Van den Brempt – Un monde derrière les notes

  1. FASCINANT ET VRAIMENT TO THE POINT ? SURTOUT POUR UN IGNORAMUS COMME MOI QUI NE FAIT QUE COTTOYER FAMILIALEMENT KIM DONT LA INNER PRESENCE M A TOUJOURS INTERPELLé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s