Etienne Holoffe : architecte du bureau H&V – concepteur d’ARSONIC

L’architecture, un monde sensible

Etienne Holoffe © Isabelle Françaix

Etienne Holoffe © Isabelle Françaix

« Jean-Paul Dessy désirait créer un lieu dédié à l’écoute et au silence. L’expression d’un rêve aussi précis est précieux pour un architecte ; au lieu de forger lui-même un concept abstrait ou purement architectural, il hérite d’une vision claire dont il peut s’emparer en respectant, en l’occurrence l’histoire intra-muros d’un bâtiment qu’il devra transformer.

Tout architecte possède un savoir-faire, une écriture lisible à travers ses différents projets. Il faut les mettre au service de l’espace envisagé. Le site sur lequel s’est conçu ARSONIC est assez complexe : c’est un assemblage de lignes dynamiques apparues au fil des époques sans pensée unifiante. Dans ce cas précis, plutôt que de les regarder, il nous a fallu les écouter. Habituellement les projets architecturaux sont obsédés et téléguidés par l’image ; cette fois, c’est le son qui a déterminé la plupart de nos décisions.

ARSONIC - Salle de concert ©Noel_Godts

ARSONIC – Salle de concert ©Noel_Godts

Nous voulions intégrer le bâtiment dans le tissu urbain montois sans rupture architecturale violente. A l’intérieur, en revanche, nous avons tiré parti de ses espaces généreux pour en explorer les mystères. C’est en essayant de maîtriser la réverbération et l’amplitude du son que nous avons conçu la Chapelle du Silence. Nous quittions l’environnement urbain pour nous réfugier dans le ventre du projet : un repli pour la méditation, un abri qui inspire la spiritualité. Nous nous sommes référés également aux arts plastiques, aux dispositifs qui limitent sans  contraindre, aux lumières zénithales qui enveloppent sans cerner et dont on ne peut deviner la source, comme dans les travaux de James Turrell.

Chapelle du Silence/détail © Isabelle Françaix

Chapelle du Silence/détail © Isabelle Françaix

Notre démarche est donc avant tout sensitive et spatiale. Ainsi, le desk d’accueil d’ARSONIC, tout en bois, s’arrime au lieu bien plus essentiellement qu’un simple mobilier : il en devient le pilier, prolongé d’un seul élan dans l’espace de convivialité où s’arrêteront les visiteurs. Il ne s’agit pas d’un ornement gratuit. De même, si la salle de concert est habillée de lames en bois de peuplier, c’est pour en sublimer l’acoustique. Sa carcasse de béton ressemblait à une cathédrale brutaliste extrêmement sonore ; le bois s’est imposé comme une évidence en réponse quasi archaïque au besoin   de ce nouvel environnement dédié aux musiques les plus fines. Les instruments à cordes appelaient naturellement ce matériau.

Salle de concert © Isabelle Françaix

Salle de concert © Isabelle Françaix

L’idée de « territoire » est essentielle et se dresse face à celle de la pure « consommation ». L’architecture fait souvent partie des images que l’on consomme : notre environnement global est aussi vite rejeté que mangé. Selon moi, un projet architectural résiste à la mode quand il s’ancre avec évidence dans le lieu qui l’accueille, selon une échelle et une proportion qui lui correspondent exactement. C’est la seule condition à respecter pour qu’il ne soit pas interchangeable.

Lorsque je découvre un lieu à réinventer, je l’écoute, le regarde, l’analyse…Cette capacité de diagnostic, c’est par ailleurs ce que j’essaie de transmettre à mes étudiants en master à la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de l’UMONS .

On doit prendre le pouls d’un d’espace. Le comprendre. Sur quel sol marche-t-on ? Que s’est-il passé ici-même ? Qu’est-ce que ce lieu nous raconte ? Avant de penser volumes et formes, il faut s’intéresser à une histoire et en capter les idées fortes. L’architecture n’est alors plus un langage en soi.

ARSONIC©Noël Godts

ARSONIC©Noël Godts

En arrivant sur les lieux d’ARSONIC, nous avons décidé d’enlever ce qui était secondaire : un hangar, des imbrications mal pensées… Nous avons dépecé les bâtiments pour en extraire le corps. Nous sommes maintenant dans un grand 7, qui est la forme originelle d’ARSONIC. La grande oblique du Passage des Rumeurs rappelle la trame de Mons à l’époque hollandaise. On retrouve ce déhanchement sur le balcon de la Salle de Concert. Des obliques un peu biseautées, des facettes un peu gênantes au départ mais qui sont devenues une force : de cette dynamique étrange s’est imposée l’idée d’une scène à trois faces : grand gradin, petit gradin et balcon. Ce lieu nous a donné des musiciens au milieu du public grâce à une scène presque centrale. De même, la Salle de répétitions est un hexagone un peu biscornu qui lui donne sa force : on se love dans cet espace.

L’architecture n’est pas un simple univers géométrique, c’est un monde sensible où les lieux et les hommes s’expriment et dialoguent. »

Propos recueillis par Isabelle Françaix / ARSONIC – 3 février 2015

Eléments biographiques :

Né à Lobbes (Belgique) en 1965, Etienne Holoffe a étudié l’architecture à l’ISAI (Mons). Collaborateur chez Pierre Blondel Architectes, à Bruxelles puis chez Jean-Paul Hermant, il devient associé du bureau Matador à Mons en 1994. Il obtient un DEA en Sciences de la Communication et Information à l’Université de Lille III et l’UVHC en 1999. En 2000, il crée H&V Architecture avec Laurent Vermeersch. Il est également chargé de cours à la FAU-de l’UMons depuis 2012.

(Cf. http://www.hv-architecture.be/pratique/cv/)

Philosophie d’H&V Architecture : http://www.hv-architecture.be/pratique/philosophie/

bandelette_ARSONIC

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